84e R.I.T. 1914-1918 O. Halbert    anigreen12_back.gif  anigreen12_next.gif

TRANCHÉES DE LA SOMME

 

RI009.jpg1.12.1914 mardi - Tranchées du grand ouvrage et du Crinchon, chemin creux, une section en réserve, popote au moulin, pluie
4.12 vendredi - Tranchées éboulées, relève dans la soirée, installation à Dainville
5.12 samedi - Compagnie de garde, installation dans la grande ferme au nord de Dainville, séparation de popote avec la 4e
7.12 lundi - Exercice le dimanche et le lundi sur la route de Warlus
RI061.jpg8.12 mardi - Ordre de départ pour travaux à l’arrière, départ à 8 h par Wagnonlieu, Duisans en vue des Boches, bombardement à la Hate près Louez, pas de course vers Etrun, arrivé à Acq, envoyé à Ecoivres
9.12 mercredi - Départ de Ecoivre pour Maroeuil, déjeuné à Maroeuil, travaux à partir de 11 h jusqu’à 22 h, cantonné à Maroeuil
10.12 jeudi - Reprise des travaux, départ de Maroeuil à 6 h, toute la journée dans les boyaux près la [Torgette]
11.12 vendredi - Départ de Maroueil à 5 h, travail jusqu’à 19 h, les travaux ne pouvant pas continuer la nuit
12.12 samedi - Reprise du travail à 3 h jusqu’à 8 h, repos à Maroeuil mais bombardement dans le village du Mont-StEloy
13.12 dimanche - Travail de 4 h à 17 h, une heure seulement pour le repas
14.12 lundi - Repos le jour, départ le soir à 17 h pour Berthouval, travail RI058.jpgtoute la nuit dans un boyau avec 0,50 d’eau, rentré à 8 h
15.12 mardi - A Maroeuil, le soir à 17 h travail à la cote 84 devant la Maison Blanche
16.12 mercredi  - Rentré à 6 h, départ pour Dainville à 11 h, les hommes fatigués, arrivé au cantonnement à 17 h, logé chez Ferron la Dlle pomme d’api trois dans la même chambre, popote chez Malvoisin
18.12 vendredi - Dainville, on entend le canon de Maroeuil et on croit à l’offensive (conf. samedi)
20.12 dimanche - Départ à 2 h pour tranchées, Crinchon, chemin creux, grand ouvrage avec les cavaliers du 3e Dragon, le grand ouvrage occupé par un peloton, le chemin creux par le 270
23.12 mercredi  - Dans la soirée relève par nuit noire par 3e Bon
24.12 jeudi - Au chemin de fer, veille de Noël, réveillon à la maison du garde-barrière, messe sur la voie à minuit, chants de Noël, le Ct LeFer de la Motte
 
RI062.jpg(Noël 1914 : lettre à Adrien, son frère, inventeur, qui possède une usine à Nantes, et fabrique pour l'armée. Adrien  n'a pas d'enfants, et est à l'arrière, tandis qu'Edouard qui en a 3 est au frond. La lettre témoigne d'une telle grandeur d'âme !  et pas une plainte ! )
Mon cher Adrien ma chère Gabrielle
     Merci de votre postal que je reçois juste à temps pour joindre à ceux de mes camarades. Nous sommes gâtés, je n’avais jamais contenté autant de friandises.
Hier soir nous avons fait un vrai réveillon, et je n'ose pas vous en envoyer le menu. Si à la guerre il y a de fort mauvais moments, il faut bien se distraire un peu, malgré que nous ayons bien souvent lieu de nous faire du chagrin.
    Hier il ne manquait rien pour se distraire car après le réveillon, nous avons assisté à une messe de minuit peu banale. Dans un ravin de chemin de fer à 12 m des boches, un abris de paille recouvre un autel, quelques branches de houx et 6 bougies dans de simples chandeliers. Un lieutenant d’artillerie, prêtre, dit la messe servie par deux soldats d’artillerie. Cette cérémonie est magnifique dans sa simplicité et son pittoresque. A un moment une forte voix chante un minuit chrétien dans cette obscurité, c’est émouvant et je conserverai longtemps le souvenir de cette nuit de Noël.
    Que devenez-vous ? Louis m’écrit que vous êtes très peiné.
    J’espère que Adrien obtiendra un nouveau sursis, et ne viendra pas voir les tranchées qui n’ont rien d’intéressant tant que les boches seront en France, mais qui m’ont encore appris la guerre. Je crois qu’Adrien, inventerait quelque chose de nouveau s’il y venait, mais, je me contente de faire des abris et installer des poëles, que nous n’allumons que la nuit pour ne pas être repérés.
    J’en ai assez de cette vie de guerrier et nous ne voyons pas la fin venir, nous n’avons pas grande occupation, mais nous ne pouvons nous absenter de notre poste et malgré que nous n’ayons pas eu d’RI117.jpgattaques heureusement, mais nous devons toujours être prêts à prendre les armes, et le plus dangereux et le moins agréable, c’est que jour et nuit nous avons toujours l’artillerie allemande qui, répondant à la notre, envoit des srapmells au petit bonheur. Gare à ceux qui les reçoivent et malgré qu’il y ai plus de trois mois qui nous en voyons éclater près de nous, on ne s’y habitue pas. C’est comme les balles, c’est toujours désagréable de les entendre siffler aux oreilles, surtout quant je suis aux tranchées de première ligne, dans ma compagnie. Nous n'avons pas eu trop de mal surtout depuis le 4 octobre, pas de mort pas de blessés sur les 250 hommes, espérons que la compagne se termine ainsi.
     Je vous ai écrit voilà un mois une longue lettre, et je n’ai pas eu de réponse. Veuillez m’écrire longuement, vous me ferez plaisir. Et, si votre générosité vous le permet, vous pouvez m’adresser un autre postal. Je vais même vous en fixer le contenu (pour vous guider simplement). : un gâteau Lefèvre-Utile, quelques friandises, cigares et jambon ou un beau pâté de foie gras (pas autre chose).
     RI047.jpgCar je crois nos mauvais jours passés, et les camarades avec qui je me trouve aiment bien les bonnes choses. La plupart sont des messieurs de situation au dessus de la mienne, mais ce qui n’empêche pas que nous sommes tous très liés et de véritables amis, avec qui j’ai tout de même eu des jours de misère, que nous compensons quand nous le pouvons.
     En attendant le jour heureux où il me sera possible de retourner vers Nantes, ce jour ne sera pas aussi agréable que nous l’aurions souhaité au départ, car notre pauvre Joseph manquera parmis nous. Sa disparition me fait beaucoup de peine. C’était un bien bon garçon, et un excellent frère, il n’a pas eu de veine, espérons qu’il ne m’en arrive pas autant, car il ne faut qu’un coup et comme je vous l’écris nous sommes souvent arrosés par la mitraille.
     Je termine ma lettre en vous offrant mes bons vœux de bonne année, je vous encourage sérieusement à faire votre devoir de bons français en travaillant au repeuplement et je souhaite de bonnes affaires à Adrien, mais avec des sursis.
     RI113.jpgA vous lire, votre frère et beau-frère qui vous embrasse affectueusement,  Edouard
 
27.12.1914 dimanche - Dans la soirée, relève et départ pour Dainville
28.12 lundi - Dainville, même cantonnement Ferron et popote Malvoisin
29.12 mardi - Photos chez le Ct de Herminy
30.12 mercredi - Déjeuné avec le Ct du Gardier chef de popote
31.12 jeudi - Le départ pour les tranchées est remis au 1er au soir, aussi à 8 h grand repas chez le Ct qui fait popote chez le maire, chants, discours, les Nudreins, Stéphan, Goheau, on attend la nouvelle année qui doit nous donner la victoire et la paix, le retour au foyer fiers d’avoir bien fait son devoir, mais tous avec la conviction qu’en avril ou mai tout serait terminé

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J 144 (4 mois 22 jours) : 1er Noël dans les tranchées
La lettre ci-dessus est un témoignage de la grandeur d'âme, surtout quand on songe qu'Edouard écrit à ses frères non mobilisés,