14-18 au 84e R.I.T.   anigreen12_back.gif   anigreen12_next.gif
(carnet de guerre d'Edouard Guillouard, photos Leglaive) 
DANS LA BOUE - LA FERME GASTINEAU
 
RI104.jpg1.1.1915 vendredi - Nous recevons les sous-officiers chez Ferron, Bichon, Faucheron, Liclou, Moreau, Goron, Bridonneau, Pierre, Pavageau, Deslandes, Charron, Guitard, Faucheron, cap. Tourrien, Pineau coiff., Marchais cycliste. Réception chez le Ct, le colonel envoi un mot qui donne satisfaction
2.1 samedi - Les cavalier 3e Dragon, de [Mesobesbion] de Landemont
5.1 mardi - Relève dans la soirée
RI116.jpg6.1 mercredi - Chemin de fer
10.1 dimancheDainville, nouveau cantonnement d’affron
11.1 lundi - exercice
12.1 mardi - Le Ct de Hermini évacué et remplacé par le capitaine Letailleur. Relève à Agny
14.1 jeudi - Chemin creux d’Agny, grand ouvrage
15.1 vendredi - Les cavaliers 3e Dragon
16.1 samedi - Tranchées d’Agny
18.1 lundi - Chemin de fer
22.1 vendredi - Dainville, cantonné près le clocher
23.1 samedi - Mr Pommier
RI067.jpg24.1 dimanche - Une pièce éclate, artilleurs tués, travaux de nuit dans le champ de course d’Arras
26.1 mardi - Grand ouvrage
27.1 mercredi - Chaussé va chercher avec Papi les cartouches
28.1 jeudi - On remplace la vieille tranchée
30.1 samedi Chemin de fer, la neige, bataille
31.1 dimanche - Vetter, Goffri
1.2.1915 lundi - Félicitations à Chaussé, visite du colonel, RI148.JPGprésentations du Ct Derancourt, départ du capitaine Letailleur
3.2 mercredi - Dainville, travaux, popote avec la 4e chez Solon
4.2 jeudi - Conférence du nouveau Ct, revue des vivres de réserve, le caporal Marot cassé
6.2 samedi - Créhalet rentré tard, langouste avariée
7.2 dimanche - Départ pour Angy, mauvais temps par le village, par nuit noire, Créhalet va commander le 4e
RI119.JPG9.2 mardi - Les photos de Mr Leglaive
11.2 jeudi - Chemin de fer, Créhalet avec le Ct
14.2 dimanche (gras) - Départ pour Dainville
15.2 lundi - Bruits de départ, Mr Leglaive va reconnaître
16.2 mardi (gras) - 5 h nous partons pour Basseux, arrivé en ligne à 1 h le mardi gras, dans la boue, on remplace le 92e et nous sommes en liaison avec le 41e qui est remplacé par des Hussards, Provost de Launay
20.2 samedi - Campagne, centre gauche Gastineau. Nous restons dans la boue sans abri pendant RI146.JPG5 jours et 6 nuits, les hommes malades, pas de boyaux, les balles sifflent, relève pénible, nuit très noire, arrière à Bailleulval
21.2 dimanche - Bailleulval chez Dupin, popote chez Noiret, repos, Mr Leglaive rente dans la journée
22.2 lundi - 75 malades le 1er jour, les hommes se reposent et tout se rétablit, les saluts sont très suivis
24.2 mercredi - Nous avons des théories chez Derancourt
27.2 samedi - Tranchées Gastineau Cie extrême gauche
   

 

la ferme « Gastineau » (texte et dessin d'Edouard)

 
RI145.JPGSituée sur la route de Berles à Rivière, la ferme de Gastineau était habitée par un vieux ménage, qui travaillait un peu les terres environnantes et faisait le commerce d’engrais. Cette maison, qui avait certaines dépendances, avait servi de débit et possédait de grandes caves dont l’une superposée sur l’autre. Derrière la maison existe également un ancien four de briqueterie.
Vers les premiers jours d’octobre 1914, les propriétaires de la maison n’avaient Carte6.JPGpas quitté leure demeure à l’arrivée des Allemands. On ne sait au juste ce qui s’y est passé. Mais suivant les racontards on avait dit que Monsieur et Madame Gastineau avaient été tués et jettés dans leur puits derière la ferme. Pendant longtemps cette légende avait tenu et le puits rigoureusement consigné avec défense de se servir de  l’eau.
Après des combats et attaques successifs entre Berles et Ransart, nos troupes ont gagné du terrain vers le 15 octobre la ferme Gastineau était à nous. Progressivement nous la dépassions et nous venions occuper des tranchées jusqu’à 600 m au-delà dans la direction de Ransart où malgré beaucoup d’attaques très audacieuses nous n’avons pu les déloger.
RI147.JPGLe 15 février, quand nous sommes arrivés à ce secteur par une nuit noire et froide, la  pluie qui était tombée en abondance les jours précédents avait rendu les boyaux impraticables. La tranchée pleine de boue et bien mal installée n’avait aucun abris sérieux. C’est sous de simple toile de tente et sans paille que nos bons hommes ont passé les premières nuits.
Nos débuts dans ce secteur étaient pénibles mais avec de bons travailleurs nous n’avons pas tardé à rendre la tranchée propre et les boyaux praticables. RI018.jpgIl y en avait besoin pour plusieurs raisons. Il n’était pas agréable d’y patrouiller jusqu’à demi jambe et ne pas y passer c’était s’exposer aux balles qui à ce moment sifflaient continuellement de jour et de nuit.
Le boyau principal (que je marque N°8) nous menait au poste de commandement du secteur nommé Gastineau, nom des propriétaires.
Un chef de bataillon ayant quatre compagnies en ligne et deux en soutien, s’y tenait en permanence, logeant dans les caves de cette maison, qui servait en même temps de poste d’observation à l’artillerie.
L’infirmerie avec un major et un aide major était installée dans l’ancienne briqueterie dans des espèces de caves pouvant résister au bombadement car ce coin est très souvent visé par le canon allemand et les allées et venues dé-sigent bien ce point RI166.JPGcomme poste de commandement.
Quatre jours en première ligne, quatre jours à Bailleulval. Le temps s’est écoulé petit à petit. Nos hommes ont bien travaillé. Nous avons en sommes refait complètement toutes les tranchées, creusé quantité de boyaux profonds, qui nous préservent. On vient maintenant jusqu’à Basseux par les boyaux, ce qui nous fait au moins deux kilomètres.
Nous avons changé plusieurs fois d’emplacement. Nous sommes maintenant à Th le poste de commandement de Mr Leglaive est marqué n°3 et nos abris à droite n°4. J’ai un poste d’écoute assurée sur la route et assez dangereux RI159.JPGmarqué n°5.
Nous avons occupé pendant longtemps n°6 comme poste de commandement et popote et ma section a été à n°7. Là, les Boches, comme vous pouvez vous en rendre compte, étaient assez rapprochés. On ne comptais pas plus de 20 m pour aller à leur poste d’écoute.
Les lignes bleues vous donnent exactement l’emplacement des tranchées boches devant Ransart. Les lignes rouges sont nos tranchées avec les divers boyaux où nous som-mes maintenant. C’est plus éloigné, mais assez canonné se trouvant sur une RI049.jpghauteur car entre nos lignes il y a une espèce de petit ravin qui sillonne un ruisseau insignifiant.
Ransart est entouré d’arbres comme tous les villages de la région, mais les maisons sont complètement démolies. Il n’y a plus de civils. Notre artillerie y tire souvent, car les Boches y cantonnent soit disant plusieurs compagnies. Sur la route où je note n°9 c’est là que j’ai fait tiré sur des Boches et nous en avons vu deux tomber. Nous tirions près du n°4.
Près de Gastineau, à 100 m derrière, se trouve les soutiens de deuxième ligne SI SII successivement nous allons de temps à autre. C’est quelquefois bombardé, mais comme j’ai eu l’occasion de vous l’écrire, nous y sommes tranquilles. Nos bons hommes sont employés aux travaux de corvées, c’est de là que j’ai plusieurs photos.
RI046.jpgC.C. Nos cuisines dans le ravin, près du ruisseau. Elles sont bien dissimulées et à l’abri ; Des photos vous en donnent une idée. Les cuisinières ont une rude corvée comme de venir trois fois par jour chercher assistance, car il faut passer par les boyaux et par les jours de pluie vous voyez avec la boue qui est innévitable dans le fossé que présente les boyaux.
Je crois que cet aperçu de notre secteur vous donnera une idée de ma vie de tranchée. Cette simple maison isolée sur la grand route est pour nous un point innoubliable pour la vie. Avec la carte d’état-major, vous pouvez reconstituer ce petit coin et savoir ou je me trouve.
Il y a encore une quantité de tranchées, de points fortifiés, d’emplacements d’artillerie et de munition qu’il est de mon devoir de ne pas mentionner.  

Note

RI045.jpg1-Les caporaux doivent s’assurer avant de prendre le service que tous les hommes ont bien sur eux
    1-les 120 cartouches
    2-la cagoule et le paquet de pansements
2-pendant le service de jour, le caporal de garde dans la tranchée de tir doit veiller à la propreté des cartouches et de l’eau qui se trouve dans les récipients
3-de jour comme de nuit, prévenir immédiatement le chef de section des moindres incidents et du passage des officiers supérieurs
4-remettre au poste du chef de section les étuis de cartouches brulées
5-les chefs d’escouades feront faire chaque matin une corvée de nettoyage des boyaux près de abris. Les pionniers en plus du fil de fer feront l’entretien de la tranchée.
6-organiser chaque jour une corvée d’eau pour la section : le tonnelet et récipients de tranchée.
 
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J 201 (6 mois 18 jours) en plein hiver, dans la boue sans abri pendant 5 jours et 6 nuits
Le même jour, 21.2.1915, tandis que la neige tombe, un déluge de feu s'abat surVerdun