14-18 au 84e R.I.T.    anigreen12_back.gif  anigreen12_next.gif
(carnet de guerre d'Edouard Guillouard, photos Leglaive) 
TRANCHÉES de GASTINEAU à BERLES
 
RI132.JPG1-4.8.1915 Tranchées de Gastineau Cie T
5-8.8 Cantonnement Bailleulval
9-12.8 Soutien Gastineau
13-14.8 Cantonnement Bailleulval
15.8 dimanche Promenade à Avesnes (Avesnes-le-Comte à 14 km)
20-25.8 Tranchées Cie T2
26-31.8 Cantonnement Bailleulval
1-3.9 Tranchées Cie T2
4.9 samedi Départ de Mr Leglaive en permission
5.9 dimanche Créalet remplacé au commandement de la Cie
6.9 Tranchées Cie T2
7-12.9 Relève dans la matinée, cantonnement de Bailleulval, travaux le soir du 7 à la muraille de Chine, convoqué par Dussert-Vidolet, le 7 vu Henri Cassin partant pour sa 1ère permission
13.9 lundi Tranchée T2 où nous sommes remplacés le 14 par le 12e
15-16.9 Tranchée T1 où nous remplaçons le 4e
17.9 vendredi Cantonnement de Bailleulval, le 10 du 81e s’y trouve, ils partent pour Arras
18.9 samedi A 10 h alerte, nous montons remplacer la 12e Cie et nous restons en ligne jusqu’au 4 octobre
24.9 vendredi Arrosage des tranchées, surtout la section de Dte
26.9 dimanche Mr Leglaive est blessé dans la matinée
27.9 lundi Créalet vient remplacer Mr Leglaive et manque de griller dans son abri
RI131.JPG1.10.1915 jeudi Tranchées Cie T2, arrivée des casques
Photo : Edouard à gauche, l'un porte le casque
5.10 mardi Soutien de Gastineau, le colonel remet des décorations, Ct Lemoine, Cavaliers
8-11.10 Tranchées Cie T4, remplaçons 11e Tirbiche, travaux de sape, inquiétude, obus 150, visite du colon (qui crie), attaque par le feu artillerie, heure H jour J
12.10 mardi Bailleulmont, fête, reçu plusieurs colis, l’obus, bouquets
13.10 mercredi Départ pour Bavincourt (6 km O.), quoique mal installé c’est l’arrière, désinfection de l’ambulance
14.10 jeudi Visite d’Henri Cassin qui déjeune avec nous
15.10 vendredi Promenade à l’Arbret (4 km S.O.), brouillard
16.10 samedi Départ pour Basseux (touche Bailleulval, donc le front), installation à l’école, incident avec Créalet, la Carrière
17.10 dimanche grand-messe, dévotions RI016.jpg
19.10 mardi emplacement d’alerte
20-23.10 Tranchées Cie T2
24-27.10 Cantonnement Bailleulval chez Dupéré
28.31.10 Soutien Gastineau. Le dimanche 31 messe pour la maison Gastineau par l’abbé Leboeuf
1-4.11.1915 Tranchée T2, remplacé par Mr Paumier dans nouvel abri
5-8.11 Bailleulval
9-12.11 Soutien de Gastineau
13-16.11 Tranchées T2, très mauvais temps, pluie, le jour de la relève difficultés pour sortir par les éboulements de tout côté
29-30.11 cote 147, les Rats, signaux avec lanterne pour artillerie, travaux du génie du 11e, Gravoil
RI010.jpg1.12.1915 mercredi Fortin, Roussel
2-4.12 Tranchées de Berles
5-7.12 Bailleulmont
8-13.12 Gastineau, relève par un mauvais temps, pluis, on trouve difficilement le chemin dans la boue arrivée aux tranchées, remplace Mr Pommier annéanti
14-16.12 Bailleulval, la bouteille d’Elixir à Mr Sacré
17-19.12 Soutien à Bellocourt avec le capitaine de Chaneut à monocle
20-22.12 Tranchées de Berles, le colonel sous les obus
23.12 jeudi cantonnement à Bailleumont
24.12 vendredi Préparatif de départ pour la permission, ce n’est qu’à 15 h que j’apprends mon départ pour le soir, visite à l’église de Bailleulmont, on prépare la mese de minuit, le docteur, le Ct Lochenau, partie de carte après diné, Sarrazin et Licot accompagnent jusqu’à L’Arbret, retard du train, départ à 4 h, à 8 h à Abbeville, visite de la ville, grand-messe en musique, les Indiens, départ à 15 h pour Paris, arrivée sous la pluie, diné à la gare d’Orsay
26.12.1915 Arrivée à Nantes à 4 h
RI041.jpg1.1.1916 samedi Le premier janvier me trouve en famille à Nantes et dans les souhaits de nouvel an il n’y a pas d’arrière pensée, l’année qui commence sera l’année de la Paix, on entrevoit l’offensive ce printemps et même on fixe comme date extrême le 14 juillet. Aussi c’est avec confiance que le 2 janvier à midi je quitte ma famille pour retourner au front.
2.1 dimanche Le départ toujours pénible, les parents, ma femme, mes enfants, mes frères viennent me conduire à la gare, c’est quand même avec tristesse que je quitte les êtres aimés pour repartir vers l’inconnu et le danger. A mon passage à Paris je retrouve l’ami Chaussé à m’attendre à la gare et qui m’emmène diner chez lui où je trouve le meilleur accueil près de sa femme, après un bon dîner, je quitte Paris en fête car c’est dimanche et dans un compartiment bondé je passe la nuit puis la matinée pour arriver à Doullens (au nord d’Amiens et à 167 km de Paris) à 9 h
RI013.jpg3.1 lundi Pas de train pour L’Arbret, mais malgré les ennuis d’un long voyage en train de marchandise, je trouve une occasion avec le capitaine Denis du 83e T. et à 4h je suis avec les camarades, qui sont au comble de la joie occasionnée par le départ du colonel Dussert. Je vends à Créhalet l’imperméable horizon que j’avais acheté à Abbeville pour 20 F, il m’en avait coûté 55
4-7.1.1916 Le lendemain à 4 h départ pour les soutiens de la cote 147 par la pluie. Nous y passons les trois jours sans incidents notables et le 7 au matin nous prenons nos emplacements habituels à T2 de Berles
8-9.1 Séjour tranquille, on ne redoute plus la visite de Dusert-Vidalet, c’est un grand soulagement pour les officiers comme pour les hommes
10.1 lundi Nous descendons des tranchées, nous avons prémédité de recevoir les sous-officiers chez Blanpain où nous avons du matériel, nous faisons acheter chez Ripoche une dinde 22,50 F prix extraordinaire pour le moment.
RI036.jpgPhoto janvier 1916 : Perrin et Bardot, soutien de Gastineau
11.1 mardi Nous les recevons le mardi soir, Joron en avait profité pour prendre une de ces bitures faisant époque, ses camarades ne nous l’avait pas amené. Dîner joyeux, le sergent major Cottereau nous chante la Sainte Bidgougat, Héron et Moreau se font également entendre
13-15.1 Nous prenons les soutiens de Gastineau qui sont en fort mauvais étét, nous y remplaçons Keler. Les trois jours se passent, ce sont des cavaliers qui sont en ligne, on a peine à reconnaître nos anciennes tranchées de 1ère ligne, tout est éboulé et mal entretenu, quelques veilleurs seulement, ce n’est plus notre occupation
16.1 dimanche Départ pour Berles, boyaux en mauvais état, construction d’un abri de chef de section, le colonel Monier Vinard vient nous rendre visite et nous surprend pendant une partie de bridge, bien aimable il ne reste que quelques instants. Pendant ces trois jours je fais finir mon abris
RI052.jpg19.1 mercredi Nous retournons à Bailleulval où nous retrouvons la mère Leroy, Mme Loiret loge un général, les cavaliers sont les maîtres du village
22.1 samedi Nous partons pour Bellocourt, le capitaine Hurel est chef de groupe des chasseurs, nous prenons nos repas en commun et faisons le bridge ensemble, il est très sympathique ainsi que les médecins. Nous profitons de notre séjour pour revoir Rivière Bretancourt, il y encore du commerce et des habitants, un enfant a été tué la veille mais d’autres courent les rues sans se soucier du danger, le côté de Bretancourt est inhabité, c’est dans ce coin où nous avons pris pour le première fois les tranchées, je joge toujours près des Boches, les abris sont en bien mauvais état
25.1 mardi Tranchées de Berles, on commence à parler de relève par les Anglais, nous avons plusieurs visites d’officiers, l’artillerie anglaise tire beaucoup. Nous avons des ripostes, mais les trois jours se passent bien
RI048.jpg28.1 vendredi Nous descendons à Bailleulmont, je loge chez Havier, c’est la tranquilité au cantonnement, on parle beaucoup de la relève vers le 15
31.1 lundi Nous partons pour Berles, bien logé quoique peu à l’abri, nous faisons popote avec le commandant et nous jouons au bridge avec Goëceu-Porry le terrible et le bureau interprête de Nantes.
1.2.1916 mardi Nous allons faire des achats à la cantine anglaise, nous prenons plaisir à voir les anglais manœuvrer avec leur fusil mitrailleur, la musique s’exerce sous un hangar, nous visitons le pays et retrouvons la route suivie en septembre 1914 vers Ransart
2.2 mercredi J’assiste dans le patronage de Berles à une grand-messe, c’est le commandant qui joue de l’orgue et chante, les Anglais tirent beaucoup dans la soirée
3.2 jeudi Tranchée de Berles pour la dernière fois, mon abri est bien solide, le village de Berles que nous avons quitté le matin est bombardé à plusieurs reprises dans la soirée au moment ou la musique militaire anglaise donnait un concert, le bombardement recommence et tue 24 Anglais 6 Français et une cinquantaine de blessés français et anglais
RI056.jpg4.2 vendredi L’adjudant Paul est blessé grièvement et les deux autres jours sont tranquilles, nous quittons avec espoir de ne plus revenir, mais nous n’osons pas y croire
6.2 dimanche Nous arrivons à Bailleulmont, j’assiste à la grand-messe et au salut, le curé de Berles fait un service comme les bruits de départ se confirment nous tenons à recevoir le deuxième groupe de sous-officiers à diner chez Blanpain, tout se passe bien. Fauceron nous chante la neige et on se quitte comptant bien que la guerre ne sera pas longue désormais, notre rôle est terminé
8.2 mardi On réduit le plus possible les bagages, j’expédie ma cantine (valise à chaune)
9.2 mercredi Nous remontons aux soutiens de la cote 147 mais on s’attend à la relève, dès le matin visite d’officiers anglais, les permissions sont supprimées et on s’apprête au départ, la journée et la nuit passe
10.2 jeudi Nouvelle visite d’officiers, nous faisons des transports de tout le beau matériel de tranchée finies, periscope, beaucoup de gaspillage, les voitures manquent, enfin à 6 h du soir ils arrivent, mais la relève est longue, j’attends plus d’une heure à Berles, RI050.jpgil est 9 h quand nous quittons Berles, en sortant du village nous trouvons couché sur la route le caporal Giraud ivre mort, nous faisons la route jusqu’à Bavincourt heureux de quitter ce coin que nous tenons depuis plus de quinze mois, pour nous nous partons vers l’inconnu vers le repos, on parle de divers cantonnements, puis Lisbourg. Arrivés à Bavincourt (6 km O. de Bailleulmont), la compagnie loge dans une grande barraque Adriant et les officiers sont logés dans le théatre sur la place, sur des paillasses, nous sommes une vingtaine Mr Leglaive, les officiers du 3e bataillon, Rousselot, Rivasseau, Cru, Poumier, Duneau, Léonardi, Créhalet a soif, je l’accompagne dans un bistro borgne dont je conserverais souvenir les bas fonds de Paris, dépravation, ivrognerie. Nous dormons peu, il fait froid dans l’abri et nous sommes matinal le lendemain
11.2 vendredi Nous déjeunons chez Mme Gautmont très aimable de nous recevoir, car ce pays est peu sympathique. Nous partons en autos à 9 h par Avesnes-le-Comte, la grand’route de StPol, nous faisons une courte halte à StPol (StPol-sur-Ternoise) et à 3 h nous sommes à Lisbourg (55 km N.O. de Bailleulmont) . Nous nous installons dans le haut du village, le cantonnement est assez long à faire et ce n’est pas sans difficultés, le capitaine Tardieux s’étant entouré de Glorion pour la distribution des emplacements et ils ne sont pas les plus mal servis. Je loge dans une ferme chez de braves gens Bienaimé Victor, j’ai une grande chambre mais comme nous n’étions pas difficiles à ce moment, j’en suis très content
RI137.JPG12.2 samedi Continuation de l’installation du cantonnement, les hommes ne sont pas très bien et on obtient difficilement de la paille. Le pays n’a pourtant pas été éprouvé par la guerre, c’est un petit village assez coquet, situé à la source de la Lys, Mr Leglaive demeure tout près de cette source
13.2 dimanche Nous goutons du repos à l’arrière, grand-messe aec les habitants du pays, la population est assez aimable, nous j’y sommes pas habitué, le 2e bataillon arrive dans l’après midi du dimanche avec le colonel le Drapeau et la 2e Cie qui était restée un jour de plus à Gastineau. Les cafés sont ouverts toute la journée et les poilus en  profitent même les officiers, Créhalet s’illustre par de fameuses fredaines
RI051.jpg14.2 lundi Mr Leglaive part en permission, le pourcentage est augmenté de 20 puis de 35 %, il ne reste que peu de monde à la Cie
15.2 mardi Le temps est mauvais, beaucoup de pluie
16.2 mercredi J’apprends la mort de tante Marie (Audineau, de Clisson), et envoi une lettre de condoléance à ma femme
17.2 jeudi Chaque jour on fait un peu d’exercice, mais c’est le repos complet, petite marche
20.2 dimanche Repos, à la grand-messe le capitaine Hervé parade près du colonel
21.2 lundi Matin feu chez le maire, Hucteau oublie de nous prévenir, mais ce n’est pas conséquent
22.2 mardi Le froid se fait de plus en plus fort, chaque on compte que le séjour sera d’un mois
23.2 mercredi Mr Leglaive rentre à 8 h 30 du soir, on l’attendais le matin avec Locart et Tardieux parti 24 heures après rentré avant
24.2 jeudi le froid et la neige continuent, on parle de Verdun mais on a pas l’impression de ce qui se passe
25.2 vendredi Le feu se déclare dans les dépendances de la ferme où j’habite, mais rien de grave. La pauvre femme est navrée, ils ne sont pas assurés, on croit que ce sont les brancardiers qui ont occasionné l’incendie
RI028.jpgPhoto : à identifier
27.2 dimanche Nous assistons à la grand-messe, l’après-midi nous faisons une promenade à Verchin (2,7 km de Lisbourg en remontant la Lys), on parle de plus en plus de Verdun et on commence à savoir notre infériorité dans cette bataille et notre recul, on craint pour la ville de Verdun. A notre retour nous apprenons le départ du régiment pour faire des travaux à N.D. de Lorette et Ablain. Mr Sacré nous apprend la mort de son père. Soirée triste, le départ est fixé au 1er mars
28-29.2 Préparatifs de départ, on regrette ce pays et on appréhende les travaux dans cette contrée de N.D. de Lorette (55 km S.E. de Lisbourg, près de Lens)

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J 414 (1 an 1 mois 28 jours) : arrivée des casques
On craint pour Verdun,
le 25.2.1916 les Allemands s'emparent du fort de Douaumont